Adieu Gigi !

Onnis

Luigi ONNIS, notre regretté collègue et ami, nous a quitté il y a quelques jours.

Yveline REY se souvient…

Il était une fois un prince troubadour…

C’était il y a bien longtemps, lors d’une brillante et encore confidentielle cérémonie de la toute jeune planète systémique, que nous nous étions rencontrés. Lui, le prince troubadour venu du Sud et nous, les pèlerins descendus des montagnes de l’Est.

De son luth jaillissaient déjà des notes originales, une musique douce et profonde qui réussissait à faire danser d’étranges statues figées dans la douleur.

Nous, plus laborieux mais tout aussi aventuriers, nous semions des cailloux pour baliser notre chemin et en ouvrir de nouveaux. D’emblée nos échanges furent aussi chaleureux que féconds.

Sur sa mule, infatigable le prince troubadour parcourait le royaume et découvrait aussi d’autres mondes. De ses voyages il ramenait des idées qui venaient enrichir ses chorégraphies et qu’il laissait infuser avant de les transcrire dans des manuscrits qui circulaient dans tout le royaume. Il devint ainsi une sorte d’éminence grise, une référence pleine de sagesse, d’humanité et d’humilité.

Parfois nos chemins se croisaient, parfois ils s’éloignaient mais c’était toujours avec le même plaisir ourlé d’estime et d’affection que nous nous retrouvions.

Chemin faisant se tissait un voile impalpable mais chatoyant où se tricotaient la soie de l’amitié et les fils plus rugueux des échanges professionnels. Ce voile, invisible pour beaucoup, nous protégeait de la rudesse du monde,  nous entourait d’un halo de tendresse bienveillante et nous aidait à avancer quand les vents devenaient contraires.

Nul n’avait pressenti qu’un soir d’hiver et de pleine lune une lanterne allait se détacher de notre voile d’amitié, s’élever dans la nuit éclairant encore une  fois l’océan systémique. Le prince troubadour venu du Sud s’en était allé aussi discrètement qu’il était arrivé.

 Une vague de sanglots déferla dans nos cœurs. Pourtant tous savaient que sa lanterne continuerait à éclairer notre chemin de pèlerin.

Comme tous les contes systémiques, celui-ci n’a pas de fin. Chacune, chacun peut faire entendre sa voix, composer sa propre mélodie, tisser d’autres histoires….

Le parcours d’un pionnier européen

Il est un des psychiatres italiens engagés au début des années 70 dans le mouvement de la psychiatrie anti-institutionnelle. C’est la recherche d’alternatives à la psychiatrie asilaire de l’époque qui l’amène à s’intéresser à la thérapie familiale. Très vite il participe au groupe constitutif du Centro Studi di Terapia Familiare e Relazionale (CSTFR), le premier centre de formation systémique italien.

En même temps il commence son parcours universitaire comme Professeur Associé de Psychiatrie et Directeur de l’Unité de Psychothérapie de l’Université de Rome. Ses travaux portent notamment sur les langages du corps, qu’il s’agisse de l’expression corporelle des symptômes psychiques et relationnels (troubles psychosomatiques, alimentaires…) ou de l’utilisation thérapeutique du langage analogique corporel (méthode des sculptures des relations).

Il devient co-fondateur avec Luigi Cancrini et Maurizio Coletti d’un institut de formation et de consultation systémique, l’IEFCoS.

Parallèlement il s’engage dans le développement de l’approche systémique en Europe, en particulier comme co-fondateur de l’EFTA (European Family Therapy Association), membre du Bureau puis Président Honoraire. Il participe ainsi à faire connaître les spécificités des modèles européens de la thérapie familiale systémique.

Ouvert à beaucoup d‘approches, il crée la revue italienne « Psicobiettivo » conçue comme point de rencontre des principaux courants de la psychothérapie. Ces dernières années il s’intéresse aussi à l’alliance entre la psychothérapie et les neurosciences. (Lire la traduction de l’éditorial du dernier numéro 2015 de la revue, en hommage à Luigi Onnis)

Il est l’auteur de quantité d’ouvrages dont les plus importants traduits en français :

Il publie aussi nombre de contributions de référence dans des livres et des revues francophones.

Son intense activité à la fois clinique, de formation et de recherche, alliée à son grand appétit de rencontres, le conduisent dans le monde entier, notamment en France où il répond dès qu’il le peut aux invitations du CERAS, la dernière fois en octobre 2014.

Malgré son « palmarès » impressionnant je garderai de Luigi Onnis le souvenir d’un homme humble, presque timide, curieux mélange entre une certaine réserve, peut-être issue de ses origines sardes, et une chaleur toute romaine.

Ciao Gigi, et merci pour tout ce que tu nous as laissé.

Joël PICART

Une réflexion au sujet de « Adieu Gigi ! »

  1. Bonjour, il y a une semaine, lors d’une séance de thérapie de couple, j’ai fait faire au deux partenaires une sculpture vivante de leur relation et bien sûr après le « souffle de vie » sur cette sculpture figée chacun des conjoints a ressenti et entendu le message de l’autre: « Je t’accepte et je t’aime tel que tu es ». Chacun des deux ont été très émus par la sculpture de l’autre. Merci à Luiggi Onnis pour ce « langage du corps » qui nous permet à nous thérapeute de couple de faire entendre une autre voix (ou voie) dans la relation de couple. Boualem Saidi

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