Le sourire de la Joconde

« Vous avez dit approche systémique ? » 

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« Regarder, c’est bien, voir, c’est autre chose ». ARCABAS

Les lunettes traditionnelles

Et si pour introduire rapidement l’apport de la culture systémique aux psychothérapies de couple et de famille nous parlions un peu du sourire de la Joconde.
En effet ce célèbre  sourire attribué à Mona Lisa a toujours suscité autant d’interrogations que d’explications. La majorité des explications reposent sur des hypothèses concernant les sentiments et/ou la personnalité du modèle. Autrement dit s’inscrivent, le plus généralement, dans une théorie individuelle qui met le projecteur sur la personne qui a servi de modèle à Léonard de Vinci.

Essayons maintenant de chausser des lunettes systémiques :
comment ces lunettes modifient-elles notre vision?
Que faut-il regarder, que voyons-nous ?

Le champ d’observation s’élargit considérablement, les détails deviennent certes plus flous mais les interactions deviennent plus précises. Nous voyons maintenant le tableau, le modèle, le peintre et peut-être d’autres personnages.
Dans un premier regard, si nous considérons le peintre et son modèle, le sourire pourra être décodé comme stimulus, provocation ou réponse dans la relation entre ces deux personnages selon la séquence de communication que nous surprendrons. Mais surtout cette lecture interactionnelle prendra en compte le contexte dans son ensemble (le macro-système socioculturel):
A savoir le lieu : la région de Florence en Italie, l’époque : le tout début du XVIème siècle, l’ambiance  culturelle : celle de la Renaissance.

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Ce premier niveau de lecture systémique aura aussi une dimension fonctionnelle qui mettra en jeu les processus en cours dans la relation entre les partenaires (présents et non présents du microsystème communautaire).

On peut alors imaginer qu’il s’agit d’un sourire apaisant (homéostatique) ou séducteur ou prometteur ou amusé qui introduit alors une nouvelle dynamique entre le peintre et son modèle mais peut-être aussi entre la dame (s’il s’agit d’une dame), son mari Franscesco del Giocondo qui est aussi le commanditaire et le peintre ou encore le peintre, son  futur destinataire  (le roi François 1er) dans une transaction plus politique et commerciale. 

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Mais le fameux sourire peut aussi résulter de l’atmosphère crée par le peintre: « pendant que posait la belle Mona Lisa, il avait toujours près d’elle des chanteurs, des musiciens et des bouffons, afin de la tenir dans une douce gaieté, et d’éviter cet aspect d’affaissement et de mélancolie presque inévitable dans les portraits ». (G. Vasari, 1511-1574).

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 Cette fois l’explication s’appuie sur un axe plus stratégique basé essentiellement sur la finalité (maintenir le sourire de la dame) qui écarte la question de la causalité et permet de passer, selon la formule de J.L Le Moigne, « du à cause de au afin de« .

Maintenant si on souhaite élargir la notion de contexte à la dimension transgénérationnelle (selon la théorie de I. Boszorményi-Nagy) il conviendra d’évoquer aussi le père du célèbre peintre, Ser Piero de Vinci et tout un tissu de loyautés plus ou moins visibles où le sourire devient une communication analogique qui fait sens dans une narration, narration qui organise la structure des échanges. 

Enfin et non le moindre, selon une vision systémique toute description est auto-référentielle. Autrement dit toute explication que vous donnez au sourire de la Joconde vous décrit aussi et s’inscrit dans votre résonance (selon la terminologie de M. Elkaïm, 1987) en tant qu’observateur. 

Chemin faisant en compagnie du sourire de la Joconde nous avons croisé quelques notions de base de l’approche systémique telle qu’elle est actuellement appliquée aux thérapies familiales (version européenne). Nous conclurons ce tour d’horizon sur le dernier aspect marquant dans l’évolution épistémologique de la thérapie systémique: celui de la vision complexe. Cette vision nous a amené à considérer « le sourire » sous différents angles qui loin de s’exclure, s’articulent et se complètent dans un effort de compréhension (saisir ensemble) qui dépasse la seule explication.

Comme le remarque L. Onnis (1999):
« L’optique de la complexité propose l’existence dans toute réalité humaine, d’une multiplicité complexe de niveaux qui, bien que conservant leur autonomie, s’influencent toutefois sur un mode circulaire, et présentent des points d’intersection. Alors que les modèles réducteurs ont habituellement pris en considération ou privilégié un seul de ces niveaux au détriment des autres, une perspective de la complexité tente au contraire de rétablir entre ces niveaux multiples, des rapports non pas d’opposition antinomique mais de complémentarité. »

Yveline REY


 

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